Overblog
Suivre ce blog

Comprendre le récit de la guérison du lépreux par Jésus

Comprendre le récit de la guérison du lépreux par Jésus

Comprendre le récit

 

SON ENVIRONNEMENT...

L'Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d'interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n'a pas été l'unique source d'information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l'on s'accorde aujourd'hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67). Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : "Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s'est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle". Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes : - Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6), - Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a), - Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21), - Jésus instruit ses disciples, alors qu'il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52), - Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), - Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20). Notre passage se situe tout au début de la 1ère étape, c'est-à-dire dans les tout premiers jours, du ministère de Jésus, qui se déroule en Galilée.

 

CE QUE CE TEXTE NOUS DIT D'ABORD...

A lire ce récit dans la suite des événements qui ont déjà marqué les tout premiers jours du ministère de Jésus, notre regard se porte sur Jésus, qui, par ses paroles et ses actions, se révèle à nous. Nous l'avions laissé (1, 35 - 39), après une soirée de guérisons, parti, à la nuit noire, dès le petit matin du lendemain, dans un endroit désert pour prier, et, une fois rejoint par ses disciples, décider, non pas de retourner à Capharnaüm où "tout le monde le cherche", mais d'aller annoncer l'Evangile dans d'autres bourgades, et ce, au nom de l'authenticité même de sa mission. Quand le lépreux dont parle notre passage l'aborde et le supplie à genoux, Jésus, bien qu'irrité contre lui (comme semble être la bonne traduction, du fait peut-être que ce nouveau miracle va encore ajouter à sa popularité), n'en décide pas moins de le guérir et purifier par une déclaration forte, par laquelle il s'engage expressément : "Je le veux, sois purifié" (verset 41). Cela correspond donc pour lui à l'authenticité de sa mission. Ce qui ne l'empêche pas de s'irriter de nouveau contre cet homme, et de le renvoyer avec des consignes de silence qui ne seront pas respectées. Jésus a agi comme Messie et Sauveur, tout en refusant de se révéler explicitement comme tel, et d'être interprété trop facilement selon l'attente populaire en Israël, non seulement comme le dispensateur des bénédictions associées à la "fin des temps", mais aussi comme un roi temporel, libérateur définitif d'Israël, ce qui serait contraire à l'authenticité de sa mission. Toujours selon la même authenticité de sa mission, Jésus se doit d'insister sur la nouveauté radicale du message qu'il proclame en ses paroles et ses gestes. En effet, selon la Loi, exprimée dans le livre du Lévitique, 13, 1 - 2. 45 - 46 (texte repris dans la première lecture de la liturgie de ce 6ème dimanche du temps ordinaire), Jésus n'avait pas le droit de toucher ce lépreux, homme impur, considéré comme marqué par un châtiment divin et mis au ban de la société. Jésus n'en hésite pas moins à enfreindre volontairement cette disposition de la Loi, que, ce faisant, il dénie et déclare abolie, dans la mesure où il effectue une guérison-délivrance de cette maladie-impureté, qui, à l'époque, ne pouvait être attribuée qu'à Dieu seul, tout comme la résurrection des morts, ou le pardon des péchés. Pour Jésus, il n'y a plus d'exclus, et déjà il proclame indirectement que la maladie ou l'infortune ne sont pas signe ou sanction du péché (Jean, 9, 2 - 3 et Luc, 13, 1 - 5). Nous voyons donc Jésus prendre ici des risques au nom de sa mission. C'est toujours dans la même perspective que nous pouvons comprendre l'insistance de Jésus pour que cet homme, qu'il vient de guérir et de purifier, aille, selon la Loi, se montrer au prêtre (Lévitique, 14, 2 - 32). Jésus ne pouvait vraiment totalement réhabiliter cet homme, après l'avoir guéri, qu'en lui demandant de prendre les moyens légaux pour réintégrer la société, en faisant officiellement constater sa guérison par le prêtre en fonction au Temple. Ici encore, la tension apparaît entre les dimensions publiques et privées de la mission de Jésus : il refuse de se révéler ouvertement Messie, mais il manifeste, en paroles et en actes, qu'il est porteur de l'autorité et de la puissance de Dieu. En se présentant ainsi au prêtre, le lépreux guéri va se comporter en témoin favorable de la mission de Jésus, bien que cela paraisse en contradiction avec l'injonction de silence, qu'il a immédiatement reçue de la part de Jésus, mais dont il ne tient aucun compte puisqu'il se met à annoncer partout ce qui lui est arrivé.

 

CE QUE CERTAINS ELEMENTS NOUS SUGGERENT...

On a souvent remarqué que bien des détails de ce passage sont soit obscurs, soit porteurs de questions. Au verset 41, l'action de guérison de Jésus, selon certains manuscrits, serait due à sa pitié ou à sa compassion, mais, selon d'autres, serait marquée par sa colère ou son irritation. Il semble plus facile à un scribe qui recopie l'Evangile de Marc, et se permet de le corriger à l'occasion, de remplacer le mot "colère" par le mot "pitié" plutôt que l'inverse. D'où l'on pense, actuellement et généralement, que c'est bien animé par une certaine colère que Jésus accueille cet homme qui enfreint la Loi en s'approchant de lui. Mais on ne voit pas Jésus s'irriter contre cet homme pour cette raison, dans la mesure où il va lui-même, à son tour, enfreindre volontairement la Loi. A moins que l'irritation de Jésus tienne au fait qu'il se sente obligé, par l'arrivée de cet homme, à prendre tout de suite le risque de rompre les barrières créées dans la société par les lois de pureté rituelle (voir 5, 21 - 43 et Lévitique, 15, 25). Cela rebondit au verset 43, lorsque Marc nous mentionne l'avertissement très sévère que Jésus donne à l'homme qu'il vient de guérir. Le mot grec utilisé en ce cas par Marc est de fait un mot rare, qui exprime une intense colère. Il reste, en définitive, que le motif de cette colère de Jésus, ainsi affirmée à deux reprises, n'est pas évident : est-ce à cause de l'incidence de ce miracle sur une popularité que Jésus semble refuser ? de la lèpre elle-même ? d'esprits mauvais qui seraient à l'oeuvre derrière cette situation ? Certains se demandent si le secret imposé ici par Jésus est bien le secret "messianique", c'est-à-dire concernant son identité de "Messie" du Seigneur, secret dont il a déjà été question en 1, 24 - 25 et 34, lorsque Jésus l'imposait à des démons qu'il chassait. Jésus ne voulait pas que la foule partage cette connaissance de lui qu'ont les démons ou les esprits du mal. Dans cette perspective, le "secret messianique" proprement dit (respecté par les démons sur l'ordre de Jésus) serait distinct de la demande faite par Jésus de ne pas divulguer les actions miraculeuses de guérison qu'il accomplit (demande qui n'est jamais suivie d'efficacité, comme le précise ici le verset 45). En dépit des précautions de Jésus, sa réputation de "guérisseur" se répand comme traînée de poudre, et attire des foules. A noter que dans le présent récit, ce secret sur le miracle que Jésus vient d'effectuer ne peut être que relatif, puisque l'homme doit, selon l'injonction de Jésus, aller se montrer au prêtre. Quoi qu'il en soit de l'exactitude de cette distinction proposée entre ces deux formes de secret, il n'en reste pas moins qu'un accent trop fort, ou une popularité trop grande, sur l'activité de guérison exercée par Jésus, peuvent également contribuer à répandre une fausse notion de sa mission de salut, au-delà des signes de miséricorde qu'il veut en faire.

 

RESONNANCES BIBLIQUES ET ACHEVEMENT EN JESUS CHRIST...

Mt 12:38- Alors quelques-uns des scribes et des Pharisiens prirent la parole et lui dirent : " Maître, nous désirons que tu nous fasses voir un signe. " Mt 12:39- Il leur répondit : " Génération mauvaise et adultère ! elle réclame un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas. Mt 12:40- De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits. 1Co 1:17- Car le Christ ne m'a pas envoyé baptiser, mais annoncer l'Évangile, et cela sans la sagesse du langage, pour que ne soit pas réduite à néant la croix du Christ. 1Co 1:18- Le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu. 1Co 1:19- Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages, et l'intelligence des intelligents je la rejetterai. 1Co 1:20- Où est-il, le sage ? Où est-il, l'homme cultivé ? Où est-il, le raisonneur de ce siècle ? Dieu n'a-t-il pas frappé de folie la sagesse du monde ? 1Co 1:21- Puisqu'en en effet le monde, par le moyen de la sagesse, n'a pas reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu, c'est par la folie du message qu'il a plu à Dieu de sauver les croyants. 1Co 1:22- Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse, 1Co 1:23- nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, 1Co 1:24- mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. 1Co 1:25- Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. Ce passage de l'Evangile de Marc que nous lisons ce dimanche nous invite à nous interroger sur notre authenticité de disciples qui marchent derrière Jésus et qu'il envoie témoigner de son Evangile, là où ils vivent, et quelle que soit leur vocation : - Avons-nous vraiment pris notre engagement de chrétien au sérieux, en faisant de Jésus celui qui compte le plus dans notre existence et dans tous nos choix ? Mc 8:34- Appelant à lui la foule en même temps que ses disciples, il leur dit : " Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. Mc 8:35- Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Évangile la sauvera. Mc 8:36- Que sert donc à l'homme de gagner le monde entier, s'il ruine sa propre vie ? - Prenons-nous vraiment les risques de l'amour fraternel et de la solidarité, qui supposent que nous sachions nous priver et nous limiter dans notre vie matérielle et notre confort pour partager en vérité avec des frères et des soeurs démunis ? Jn 13:34- Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. Jn 13:35- A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres. " ... Jn 15:13- Nul n'a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis. - Prenons-nous vraiment tous les moyens à notre disposition pour mettre nos frères et nos soeurs debout ? 1Co 9:19- Oui, libre à l'égard de tous, je me suis fait l'esclave de tous, afin de gagner le plus grand nombre. 1Co 9:20- Je me suis fait Juif avec les Juifs, afin de gagner les Juifs ; sujet de la Loi avec les sujets de la Loi - moi, qui ne suis pas sujet de la Loi - afin de gagner les sujets de la Loi. 1Co 9:21- Je me suis fait un sans-loi avec les sans-loi - moi qui ne suis pas sans une loi de Dieu, étant sous la loi du Christ - afin de gagner les sans-loi. 1Co 9:22- Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d'en sauver à tout prix quelques-uns.

 

CHEMIN DE PRIERE...

Le temps n'est plus pour nous de cacher ton mystère, Mais de le proclamer à toutes les nations, Lorsque, renouvelés grâce à ton ministère, Nous devenons témoins de ta révélation... Le temps n'est plus pour nous de nous montrer aux prêtres, Dans le cadre prévu par tous ces règlements, Que tu viens désormais à leur place remettre, Repères tout au plus pour notre engagement... Le temps n'est plus pour nous de porter témoignage Dans les institutions d'un régime établi, Mais de redire à neuf quel sens prend ton message Dans les perturbations du monde d'aujourd'hui... C'est toujours le moment de chanter ta victoire Sur les forces du mal, dont ta résurrection Nous délivre à jamais, au souffle de ta gloire, Lorsque tu nous saisis dans ta propre mission... C'est toujours le moment de découvrir ta vie, Plus forte que la mort, au rythme de l'amour, Dont le surplus guérit toutes nos maladies, Et nos lèpres détruit, quand nous rejoint ton Jour... C'est toujours le moment de la miséricorde A répandre partout au long de nos chemins, Parfait rayonnement d'un amour qui déborde, Signe que toi, Seigneur, nous a pris par la main..

 

Source ?

Texte de référence - Marc 1, 40-45

40 Un lépreux vient auprès de lui ; il le supplie et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. »
41 Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. »
42 À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié.
43 Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt
44 en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. »
45 Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui.

AELF

www.kt42.fr -  Hébergé par Overblog